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06/11/2012

SOS Système hospitalier en France : cherche désespérément sens et porteur de sens

Dans un contexte de stigmatisation des dépenses de santé en France, comment donner les moyens aux parties prenantes de transformer le système dans le bon sens ?

Le système de protection sociale, et plus spécifiquement le système de santé qui en découle, est l'une des spécificités françaises les plus enviées à travers le monde. Pour préserver cet attribut, les gouvernements successifs ont multiplié les réformes sous la Vème république, à coups de mutualisation, d'optimisation ou encore de contractualisation. Avec, en premier lieu, en ligne de mire les dépenses hospitalières. Les directeurs d'hôpitaux, les médecins et les agents hospitaliers ont donc transformé - souvent en subissant - leur organisation, leurs processus de gestion et plus largement le fonctionnement interne de leurs structures, pour s'adapter aux nouvelles et parfois contradictoires exigences ministérielles. En résulte un sentiment larvé de frustration voire d'incompréhension des objectifs finaux de ces réformes et de leurs impacts sur le système hospitalier, et parfois même un sentiment de lassitude voire d'exaspération, qui rendent peu crédible toute perspective de « révolution hospitalière » à court terme. Pourtant, les deux piliers du système de santé, à savoir la qualité et le remboursement des soins, demeurent critiques sur le plan financier. Et la réforme globale du système hospitalier reste par conséquent vitale pour la pérennité du système de santé.

Deux causes principales expliquent ce malaise des acteurs locaux, parties prenantes de ces réformes hospitalières :

  • La perception d'une « boulimie » du changement : par le nombre de réformes significatives qui se sont succédées,
  • Le résultat tangible de « mesurettes » : en lieu et place de réformes de grande ampleur souhaitables et souhaitées, par faute d'aboutissement de chacune d'entre elles.

Le premier constat est le fait que « trop de changement tue le changement ».

Il n'est évidemment pas question de critiquer les réformes successives qui ont été entreprises, mais bien de constater, que comme pour beaucoup de politiques publiques, les considérations électorales dépassent les considérations d'intérêt général. Et que, de fait, le temps nécessaire à l'aboutissement des réformes et donc de leurs effets sur le système de santé, et de surcroît sur le système hospitalier, n'est jamais respecté ; les deux cycles étant par nature inconciliables.

Le second constat qui en découle : sans respect du cycle indispensable à la mise en œuvre effective des réformes, aucune d'entre elles ne peut véritablement aboutir et encore moins être évaluée à sa juste valeur.

Les réformes se sont accumulées sans qu'une évaluation ex post de chacune d'entre elles n'ait véritablement vu le jour. A cet égard, impossible de juger la pertinence des réformes entreprises et la perception de celles-ci reste par conséquent mitigée. La politique de réforme de la santé manque de cohérence communicationnelle à l'égard des acteurs hospitaliers.

A cet égard, les conséquences de cette frénésie des réformes sont dévastatrices sur le plan humain. D'abord pour les personnes en charge de les conduire. Car le positionnement des managers, et plus précisément leur légitimité à agir en tant que tel, est régulièrement remise en cause. Difficile de prétendre diriger et encore moins motiver une équipe dans ces conditions. Ensuite pour les personnes en charge de les appliquer. Car pour accepter le changement, qui par nature bouleverse des habitudes acquises, l'individu, quel qu'il soit, cherche à identifier ce que la transformation peut lui apporter. La remise en cause de son cadre de travail, sans contrepartie, peut bouleverser l'équilibre professionnel d'un agent. En d'autres termes, sans récompense équivalente des efforts consentis pour transformer une organisation stable - qui généralement satisfaisait jusqu'à présent les acteurs hospitaliers -, les risques sociaux s'accentuent : dégradation des relations professionnelles, absentéisme, perte de sens du service public de santé.

Il en résulte une véritable interrogation quant à la portée de ces réformes : sans cohérence d'ensemble et sans pilote stable ou légitime, toute tentative de sauvetage du système hospitalier semble vaine. Une concertation au plus haut niveau sur cette situation critique, non seulement sur le plan financier mais surtout sur le plan humain, est désormais impérative pour construire un système de santé faisant sens tant pour les professionnels que pour les patients.

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