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13/02/2013

Retraite : Où vas-tu ?

La réforme des retraites pilotée par le précédent gouvernement en 2010 était jugée trop brutale pour les uns, trop timorés pour les autres. Elle était sans doute une étape nécessaire avant la prochaine réforme qui devra être plus ambitieuse et plus pragmatique.

 

Quelle est la situation des retraites en France ?

Depuis 1945 l'âge de la retraite était fixé en France à 65 ans. En 1982, Mitterrand l'a abaissé à 60 ans et en 2010, le gouvernement Fillon le relevait à 62 ans dans l'objectif de résorber le déficit des régimes de retraites à l'horizon 2018. Les dernières projections économiques du Conseil d'orientation des retraites (COR) montrent que loin de se résorber, les déficits vont continuer à se creuser pour atteindre 18,8 milliards d'euros en 2017.

Le système de retraite français est basé sur le principe de la répartition[1]. Les cotisations des actifs payent les pensions des retraités. Au-delà de la crise, la principale cause du déficit des retraites est liée à la démographie française. Après-guerre il y avait quatre cotisants actifs pour un retraité, 3.14 en 1975, et seulement 1.3 cotisants pour un retraité en 2013 (graph 1). Le taux de croissance annuel moyen du nombre de retraités entre 1975 et 2013 est de 3.3%, soit une croissance trois fois plus rapide que le nombre de cotisants sur la même période (0.9%).

Le gouvernement Ayrault a déjà annoncé qu'il ouvrirait de nouvelles négociations sur les retraites avec les partenaires sociaux courant 2013

Comment la France se positionne par rapport à ses partenaires et concurrents européens ?

La France n'est pas le seul pays se débattant avec le problème des retraites mais semble légèrement en retard par rapport aux réformes déjà lancées en Europe.
La crise a poussé de nombreux gouvernements à relever l'âge légal de départ à la retraite :

  • de 60 à 65 ans en Grèce
  • de 65 à 67 ans en Allemagne, Espagne, Italie, Pays-Bas
  • de 60 à 66 ans au Royaume-Uni dans le secteur public et jusqu'à 68 ans pour tous d'ici à 2048

 

Quelles sont les pistes de réponses pour la France ?

La réforme peut se mener en deux étapes. A un premier niveau et dans une optique de justice sociale, le gouvernement pourra tenter d'aligner le régime du public[2] sur le privé et supprimer quelques régimes spéciaux[3]. Ces mesures nécessaires ne seront pas faciles à faire passer et ne suffiront pas pour autant à résoudre l'équation des retraites.

De manière plus globale, les termes de l'équation des retraites sont connus de tous et se résument à trois possibilités:

  • Relever les cotisations des actifs
  • Diminuer le niveau des pensions versées
  • Augmenter le temps d'activité

Dans le contexte actuel d'augmentation globale des impôts sur les entreprises et sur les salariés, relever les cotisations des actifs semble un levier assez limité même si les syndicats recommandent d'augmenter les cotisations patronales.

En revanche, diminuer le niveau des retraites versées est une action assez simple et sans conséquence trop néfaste à court terme (pas d'élection majeure en 2013). Il est bien connu que les retraités français ont un niveau de vie moyen plus élevé que les actifs (Patrimoine et revenus) et qu'ils ne manifestent pas, ne se mettent pas en grève et ne bloquent pas la France. Les réflexions en cours menées par les partenaires sociaux sur une désindexation des retraites avec l'inflation vont dans ce sens. Mais ce levier ne peut pas résoudre toute l'équation seul.

La question se posera donc encore de modifier le temps d'activité. Les économistes et les démographes argueront du fait que l'espérance de vie progressant, impacter proportionnellement la durée du travail est une nécessité mécanique. Les salariés et les syndicats crieront au scandale et mettront en avant la souffrance au travail, l'usure des corps et le faible niveau d'espérance de vie sans incapacité (EVSI) après 60 ans. Des esprits plus pragmatiques souligneront que modifier simplement la législation sur l'âge de départ à la retraite ne résoudra pas grand-chose dans la mesure où déjà le taux d'emploi des seniors (55-64 ans) français est l'un des plus bas d'Europe (graph 2). En France, les entreprises sont très frileuses à faire travailler ces catégories de personnels jugés peu productives et que la législation protège déjà beaucoup. Augmenter simplement l'âge de la retraite pourrait bien avoir pour unique conséquence de faire basculer le déficit des retraites vers celui du chômage (qui pourrait déjà atteindre 18 milliards d'euros en 2013).

 

Il n'existe pas de réponses faciles à la question de financement des retraites mais toute réforme qui ne s'attaquera pas à la question du travail des seniors dans sa globalité sera vouée à l'échec.

 

Quelle place pour les 'Seniors' dans nos entreprises ?

En France, passé 45 ans, hors cadres dirigeants, on devient un 'senior' : Les formations, les promotions, les opportunités disparaissent. L'engagement, l'employabilité et la productivité diminuent alors naturellement. Face à cette problématique qui n'est pas uniquement française, une filiale de Cap Gemini au Pays-Bas a récemment proposé à ses salariés de plus de 45 ans une diminution de 10% de leurs salaires contre le maintien de leurs postes. Nul doute qu'en France ce genre de pratique poserait débat, voir ferait scandale, mais l'enjeu est posé.

Il faut à la fois augmenter la productivité des travailleurs de plus de 45 ans et diminuer leurs coûts pour que les entreprises reconsidèrent leurs positions sur ces travailleurs, qui ont beaucoup à apporter. 

 

 

Le contrat de génération de François Hollande est une bonne initiative pour optimiser le potentiel des seniors et aider les jeunes à accéder au marché de l'emploi, mais reste trop limité (salariés de 57 ans et plus, sociétés de moins de 300 salariés). La réflexion sur le travail des seniors doit être plus globale (accès à la formation, conditions de travail, rôles, gestion de carrière, charges sociales, travail à temps partiel...) sinon les entreprises continueront de dresser des listes de leurs employés de plus de 45 ans en attendant la prochaine baisse de leurs carnets de commandes...

 

[1] Dans un système de retraite par répartition, les cotisations, versées par les actifs au titre de l'assurance vieillesse, sont immédiatement utilisées pour payer les pensions des retraités. Dans un régime de retraite par capitalisation, la logique est différente : les actifs d'aujourd'hui épargnent en vue de leur propre retraite (les fonds de pensions américains)
[2]  Un fonctionnaire part en moyenne à la retraite à 58 ans et perçoit une pension égale à 75% du traitement de ses six derniers mois d'activité alors que dans le privé, on part à la retraite à presque 62 ans avec une pension équivalant à 50% de la rémunération moyenne des vingt-cinq meilleures années
[3] RATP, SNCF, EDF, GDF...

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