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05/12/2013

La politique nationale des pôles de compétitivité : bilan et perspectives

En septembre dernier, le président de la république a rappelé dans son discours « la nouvelle France industrielle », le rôle que devaient occuper les pôles de compétitivité : « inventer les industries et productions de demain ». Au-delà de leurs projets R&D, les pôles de compétitivité doivent désormais se focaliser sur les retombées économiques de ces projets en termes d'industrialisation et de commercialisation.

Aujourd'hui seul un projet sur quatre génère effectivement une innovation. Les pôles représentent ainsi à peine 1,5% des brevets. Alors que 68 nouveaux projets viennent d'obtenir un financement public de 51 millions d'euros, quelles retombées économiques pouvons-nous espérer de la mise sur le marché de ces nouveaux produits/services ?

Des premiers résultats encourageants malgré un manque d'évaluations chiffrées

Au nombre de 71, les pôles de compétitivité concernent aujourd'hui la plupart des secteurs d'activité : automobile, aéronautique, nanotechnologies, biotechnologies... Entreprises, établissements d'enseignement supérieur et organismes de recherche publics ou privés travaillent aujourd'hui en synergie dans le but de stimuler l'innovation et le développement économique local et national.

Les pôles de compétitivité ont ainsi globalement permis de structurer au niveau local les acteurs d'un même secteur ou filière tout en en contribuant à l'attractivité de leur territoire. Depuis 2005, près de 900 projets innovants ont été lancés, mobilisant 2,7 milliards d'euros de financement public. Les premières retombées économiques sont encourageantes, 1300 entreprises affirment en effet que leur appartenance à un pôle de compétitivité leur a permis de créer des emplois. Cette nouvelle dynamique attire d'ailleurs de plus en plus de nouveaux adhérents. Leur nombre aurait ainsi progressé de plus de 50% entre 2008 et 2012.

Malgré ces résultats encourageants, il n'existe pas à ce jour de chiffres précis sur le retour sur investissement de ces pôles de compétitivité : le nombre de création d'emplois n'est pas mesuré et repose sur du déclaratif, de même l'impact des pôles de compétitivité sur le chiffre d'affaire des entreprises n'a pas fait aujourd'hui l'objet d'une évaluation.

 

Une stratégie nationale encore à définir

La politique des pôles de compétitivité s'inscrit dans les priorités industrielles présentées le 12 septembre dernier par le président de la République. Ces priorités identifient 34 plans de reconquête industrielle qui donnent les grandes thématiques de développement pour les pôles de compétitivité. Au-delà de ces 34 plans, il n'existe pas de priorisation qui permettrait d'orienter les actions R&D des pôles et d'éviter ainsi la dispersion des projets sur un large spectre de thématiques.

Les 34 plans de reconquête industrielle

 

Au manque de priorisation, s'ajoute la complexité du pilotage de la politique des pôles de compétitivité. Cette complexité se traduit par la mise en place d'un comité de pilotage interministériel composé de représentants de plusieurs ministères : industrie, défense, agriculture... et de représentants de conseils régionaux. La multiplicité des acteurs composant ce comité et l'absence d'acteurs du monde privé rend difficile la prise de décision et l'impulsion d'une vision stratégique qui pourrait orienter les activités des pôles de compétitivité.

 

Des pôles encore trop dépendants des financements publics

La part d'autofinancement des pôles de compétitivité est encore faible. Les cotisations des membres et les revenus issus des prestations des pôles ne représentent que 30% de leur revenu total. Les 70% restant proviennent des financements publics et en 1er lieu du fonds unique interministériel (FUI) qui récompensent les meilleurs projets de R&D et de plates-formes d'innovation, lors d'appels à projets.

Cette dépendance vis-à-vis des financements publics s'explique par le difficile passage que rencontrent les pôles entre la R&D et la commercialisation des produits qui en sont issus. Il s'agit donc pour les pôles de compétitivité de devenir des « usines à produits d'avenir » et non plus simplement des « usines à projets R&D ». Pour accompagner cette transition, l'Etat a d'ailleurs mis à disposition des pôles 100 M€ de prêts destinés à favoriser l'industrialisation et la commercialisation des produits. A termes, cette aide à la commercialisation permettrait aux pôles de dégager les revenus suffisants pour réduire leur dépendance vis-à-vis des financements publics.

 

La politique nationale des pôles de compétitivité atteindra donc ses objectifs qu'à la condition de :

  • Encourager l'industrialisation et la commercialisation des projets R&D
  • Définir une stratégie plus ciblée évitant l'émiettement des pôles de compétitivité (trop nombreux) et la trop grande diversité de projets (prioriser les secteurs et les thématiques)
  • Refondre la gouvernance des pôles de compétitivité : réduire le nombre d'acteurs et intégrer des acteurs privés
  • Réduire la dépendance financière des pôles de compétitivité

 

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