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18/09/2012

La « e-santé » en France : une révolution culturelle à opérer ?

La e-santé, bien que fortement encouragée par le gouvernement, peine à trouver sa place dans le système de santé français. Or, contrairement aux idées reçues, le frein n'est pas nécessairement financier. Certes, investir dans les technologies de l'information a un coût mais la vraie difficulté est en réalité culturelle.
Remettre en cause les pratiques et les habitudes des praticiens revient peu ou prou à remettre en cause leur métier et de fait leur rôle dans la société. De sorte que la révolution numérique suppose d'abord une révolution médicale !

 

Nul ne conteste que la révolution numérique dans le secteur de la santé constitue une avancée majeure pour améliorer le suivi des patients. Les technologies de l'information permettent de mieux anticiper, de détecter plus vite, voire de traiter les patients au plus près de leur pathologie (ex : avec la garde radiologique nomade, la précision de l'imagerie médicale grâce au scanner, ou encore l'ablation de certains cancers par radio fréquence). L'interopérabilité croissante entre les services de santé contribue aussi à améliorer la qualité de l'information disponible sur le patient et la qualité de son suivi médical (ex : avec le DMP). Ce qui explique l'engouement général concernant l'évolution technologique issue de la e-santé. La quantité d'articles de presse sur ce sujet ne fait que confirmer l'enthousiasme autour de cette révolution numérique ! Pourtant, la e-santé en France n'est pas encore manifeste, bien que tous les outils soient désormais disponibles. Car, la e-santé n'est pas seulement le développement d'outils. Elle est surtout l'usage que les acteurs de santé en font. Or, le développement actuel de la e-santé modifie en profondeur les méthodes de travail et le métier même des praticiens. Tout changement étant facteur de crainte, la vitesse de propagation des bonnes pratiques ralentit... Face à ce constat, il est tentant de chercher les raisons de cette réticence en vue de préconiser quelques leviers d'action, permettant à terme d'utiliser pleinement l'ensemble des potentialités offertes par la e-santé !

 

I. La e-santé : une révolution numérique indéniable sans évolution culturelle majeure :

La e-santé en tant « qu'application des technologies de l'information et de la communication (TIC) à l'ensemble des activités en rapport avec la santé » (Commission européenne) et/ou « la fourniture de soins à distance » (OMS) touche l'ensemble des composantes du système de santé : l'organisation de ce système, les services qu'il délivre, les métiers qu'il supporte. La e-santé a ainsi le potentiel de transformer en profondeur le système de santé dans la mesure où elle se trouve au cœoeur de toutes les transformations actuelles.

A cet égard, si la révolution numérique est bel et bien amorcée, transformant à la fois les services de santé et l'organisation du système de santé, la transformation des métiers de santé par la e-santé reste quant à elle encore limitée :

1) Le développement de nouveaux services de santé : au-delà de l'accroissement du partage d'information pour le patient (portails dédiés à la santé, à la prévention de certaines addictions ou encore à la médecine du travail) et sur le patient (avec le développement de la carte vitale ou le dossier médical personnel), la e-santé offre de nouveaux services sur mesure avec le développement de la télémédecine, susceptible d'adapter le système de santé aux besoins croissants de la population française vieillissante à un coût raisonnable. A cet égard, la e-santé constitue une opportunité pour sauver financièrement le système de santé actuel.

2) L'amélioration de la performance de l'organisation du système de santé : la e-santé permet d'accroître la performance du système en améliorant la prévention des risques, l'accompagnement des patients, mais surtout en rendant possible le soin des malades à domicile. En sachant que les principales sources de coûts se trouvent désormais dans les hôpitaux, on comprend aisément le soutien gouvernemental à cette révolution numérique pour préserver le système hospitalier. Pour la développer, le gouvernement s'est d'abord attaché à promouvoir trois projets : préserver l'autonomie des personnes âgées, suivre les alertes médicales des patients, et détecter à distance les situations à risque des insuffisants cardiaques. D'autres projets ont récemment été promus et cette tendance se confirmera dans les années à venir.

3) Une évolution progressive des métiers de santé : la transformation générée par l'adoption des technologies de l'information n'est pas nécessairement perçue comme positive, notamment à court terme, par les professionnels de santé qui voient potentiellement leur environnement de travail transformé en profondeur, jusqu'à remettre en cause leur rôle au sein du système de santé : le rapport au patient change radicalement, les tâches qui leurs sont dévolues également, l'utilité du travail peut s'en trouver amoindrie. D'où la réticence face au changement, surtout lorsqu'il perturbe toutes les habitudes professionnelles. Mais le défi du numérique n'est peut-être pas l'enjeu de la réticence des professionnels de santé.

     

    II. Les professionnels de santé ont-ils peur de la e-santé ?

    Il ne s'agit bien évidemment pas de stigmatiser les professionnels de santé dans leur usage de certaines nouvelles technologies mises à leur disposition, mais bien de comprendre les enjeux sous-jacents.

    Les praticiens se trouvent aujourd'hui confrontés à un double défi :

    • 1) Une crise d'identité : liée à l'évolution permanente de leur statut social. Le développement de la e-santé ne venant que cristalliser cette situation.

       

      2) Une crise de régulation : liée à l'évolution du système de santé, notamment au niveau des établissements de santé. A cet égard, la e-santé est de nature à moderniser les organisations existantes et à palier un certain nombre de difficultés structurelles (en termes de places disponibles, de ressources, ou encore de processus préexistants).

    Cette situation n'est donc pas nécessairement liée au développement de la e-santé en tant que tel et suppose une réflexion globale quant à la valorisation du rôle des professionnels de santé.

    1) Valoriser les savoir-faire médicaux indispensables : tout l'enjeu réside dans la perception des professionnels de santé. La e-santé ne remet pas en cause le statut du médecin et peut même le valoriser. Il s'agit non seulement de démontrer que les technologies de l'information constituent pour les praticiens une opportunité dans leur métier au quotidien mais surtout qu'elles vont leur permettre d'utiliser leurs compétences médicales plus utilement. En effet, la valeur d'un professionnel de santé n'est pas dans la gestion administrative mais bien dans la gestion opérationnelle du patient. Or, cette part opérationnelletend à se réduire du fait de l'accroissement des procédures administratives, voire malheureusement des procédures judiciaires. En effet, la judiciarisation de notre société touche particulièrement le secteur de la santé. Les médecins doivent justifier leurs actes avant même de les avoir initiés, de sorte que l'e-santé est de nature à réduire le nombre de formulaires à remplir en automatisant les données.

    2) Comprendre les évolutions du rôle des professionnels de santé : dans ce cadre, l'écoute des professionnels de santé pour comprendre leurs besoins, notamment en termes de confidentialité et de sécurité mais aussi de maintien de la qualité de la relation médecin/ patient est un préalable au développement de la e-santé.

    3) Communiquer et animer un réseau sur la e-santé : l'animation d'un réseau de précurseurs de la e-santé ou de groupes de travail d'experts ayant pour but d'échanger sur les bonnes pratiques à mettre en œuvre est de nature à apaiser les débats. Enfin, la mise à disposition par l'ASIP Santé (Agence des systèmes d'information partagés de santé) des projets de e-santé en cours et à venir a vocation à favoriser l'émergence d'autres.

      Fort de ce constat, le changement culturel repose sur la capacité de l'Etat à passer les bons messages et à donner l'envie aux professionnels de santé d'utiliser la e-santé en toute connaissance de cause.

      *

      Malgré ces perspectives encourageantes, une réflexion de fond et une communication globale sur les perspectives de transformation des métiers de certains praticiens s'avèrent primordiale. Au-delà, la généralisation des outils de la e-santé se heurte encore à des obstacles administratifs (remboursement par l'assurance-maladie) ou juridique (problèmes de responsabilité) encore à ce jour irrésolus. Ce qui incite à penser que la révolution numérique de la santé n'aura lieu que lorsqu'un cadre normatif cohérent et une concertation sociale ad hoc auront eux-mêmes vu le jour.

       

      Pour tout savoir sur ce thème:
      - esante.gouv.fr
      - Revue de l'Assurance Maladie

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