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18/09/2013

A chacun ses Harvard ?

IDEX : les mégas-universités françaises de demain

Harvard, Stanford, MIT, Berkeley, Cambridge... il faut attendre la 37ème place pour trouver enfin une université française dans le classement de Shanghai. Dans le top 100 n'en figurent que trois, quatre à peine dans le top 200. Depuis les années 2000 la concurrence investit le monde des universités : les gouvernements ont répondu en finançant des « initiatives d'excellence » pour promouvoir l'élite de leurs universités nationales. En rupture avec la culture égalitaire des académies européennes, l'idée de concentrer plus de moyens sur un petit nombre d'établissements a fait progressivement son chemin en France aussi : à chacun ses Harvard ?

Une sélection exigeante : 8 gagnants et de nombreux perdants

Après la réforme des universités, censée donner plus d'autonomie aux établissements universitaires, le gouvernement a décidé de consacrer une partie importante des investissements d'avenir issus du grand emprunt à l'excellence académique. En s'inspirant de l'Exzellenzinitiative lancée par le gouvernement d'Angela Merkel en 2004, les deux vagues d'appel à projet « Initiatives d'excellence » (IDEX) de 2010-2011, dotées de 7,7 mds, ont pour ambition de faire émerger en France 5 à 10 pôles pluridisciplinaires d'excellence d'enseignement supérieur et de recherche de rang mondial. Lors de la phase probatoire de quatre ans, une part des revenus de ce capital pourra être versée à chaque campus sélectionné ; après la phase probatoire la dotation en capital assurera le financement dans la durée, en venant compléter les fonds privés levés.

De nombreuses universités ont donc participé au concours en espérant décrocher le label IDEX face à un jury d'experts internationaux très sélectif : 17 candidats présélectionnés lors de la vague 1 pour 3 gagnants, 15 lors de la vague 2 pour 5 gagnants. Chaque vague comportait une pré-sélection, une phase de sélection et une phase finale. Chaque projet a été, par ailleurs, soumis à une analyse financière indépendante de la part de l'Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR), sans pour autant que ce facteur se révèle décisif.

D'un point de vue géographique force est de constater que des efforts restent à faire : sur les 8 projets IDEX sélectionnés, 4 se trouvent en région parisienne (Paris Sciences et Lettres, Université Sorbonne Paris Cité, Idex Paris-Saclay, Idex Sorbonne Université).

Un objectif clair : remonter des positions dans le classement de Shanghai

Sous couvert d'amélioration de la compétitivité de nos universités, le but visé à court terme par les Initiatives d'Excellence est clairement affiché : donner une place plus importante aux universités françaises au sein du classement de Shanghai. Une analyse détaillée des critères de sélection des projets gagnants révèle une proximité évidente avec les critères utilisés pour dresser la liste des meilleurs établissements universitaires au monde. Deux constats s'imposent:

1) Une priorité accordée à la recherche : dans la phase de pré-sélection, le jury des IDEX a mis l'accent principalement sur l'excellence de la recherche. Sur les 12 critères les deux seuls qui nécessitent d'une note A ou B sont les critères relatifs à la recherche. Comme dans le classement de Shanghai, ce qui compte ce sont le nombre de publications, les prix Nobel, bref la fonction de recherche, alors que la fonction d'enseignement et formation reste au second plan.

2) Un effet de taille implicite : la phase de sélection s'est en revanche focalisée sur le pilotage et la politique RH, c'est-à-dire la gouvernance de la future université. Cela peut surprendre mais en réalité il s'agit d'un enjeu crucial car les projets retenus ne se contentent pas de mettre en avant les meilleures universités françaises en matière de recherche, ils impliquent la fusion de plusieurs établissements. Ce sont donc des méga-universités à construire, notamment en matière RH et de mutualisations. La priorité accordée à des fusions répond une fois encore à la logique de Shanghai : les critères du classement sont purement quantitatifs, une méga-université issue de plusieurs établissements remonte mécaniquement des positions.

Après avoir réuni les structures, il reste à faire l'essentiel : unir les esprits. Tâche d'autant plus compliquée que le monde universitaire hésite fortement devant le changement de culture implicite. Trois axes seront décisifs dans la réussite des projets IDEX :

- Gouvernance : contrairement au fonctionnement traditionnel du monde universitaire français, fondé sur une gestion collégiale, la mise en place des IDEX comporte une gouvernance restreinte, souvent un directeur exécutif qui rend des comptes à un conseil de surveillance d'une dizaine de membres. La réussite passera donc par un dosage savant et un équilibre encore à trouver entre l'ancien et le nouveau monde, à savoir entre les nouveaux organes IDEX et les anciennes instances élues des établissements préexistants.

- Communication : jusqu'à présent la création des IDEX s'est faite dans le secret des réunions entre présidents d'université. Dans une logique de compétition, il était essentiel de maintenir le plus de discrétion possible autour de la candidature. Cela a comporté un déficit de communication particulièrement négatif auprès des étudiants et du corps enseignant. Il devient maintenant crucial d'informer et d'expliquer, de détailler les bienfaits des IDEX en associant l'ensemble des acteurs.

Fusions et mutualisations : la fusion entre établissements impliquera nécessairement des mutualisations entre fonctions support, la suppression des cours en doublon, mais surtout la coordination entre établissements avec une culture et une histoire différentes. La refonte et l'intégration des systèmes informatiques, la mise en commun des fonds bibliothécaires, la planification des horaires et des salles de cours ne sont que le revers matériel d'une fusion qui devra s'opérer avant tout dans les esprits.

Créées sur le papier, les 8 méga-universités françaises devront maintenant prouver leur existence réelle en réussissant leur processus de fusion et d'intégration. A l'heure où la compétitivité des universités asiatiques se renforce et les classements internationaux se multiplient, le temps presse. Fondé en 1636, Harvard ne s'est pas fait en un jour. Les Harvard français devront se faire en quelques années ou ne se feront pas.

 

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