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24/09/2015

Absentéisme au travail : haro sur les collectivités territoriales ?

Le nombre de jours d’absences par an et par agent dans les collectivités territoriales a bondi de 17% entre 2007 et 2014. La durée moyenne des absences a augmenté dans les mêmes proportions. Consécutivement, le coût direct de l’absentéisme pour les collectivités, environ 1 800€/an et par agent[1], et son coût indirect -désorganisation, impact sur la qualité de services, etc.-, deviennent pour beaucoup d’élus et de directeurs généraux des services des enjeux de gestion non négligeables dans le contexte actuel de raréfaction des deniers publics.

Le sujet a émergé dans le débat public ces derniers temps, le plus souvent analysé comme la conséquence de la suppression du  jour de carence dans la fonction publique, chiffres à l’appui. Certes, l’établissement du jour de carence avait permis de réduire de 10% en deux ans (2012 – 2013) le nombre d’arrêts maladie dans les collectivités territoriales, et ces arrêts sont repartis à la hausse de 6% dans l’année qui a suivi sa suppression[2]. Mais ce constat indéniable ne suffit pas à expliquer le phénomène, car même si l’analyse des remèdes à l’absentéisme, dont le jour de carence est un exemple, est utile et indispensable, elle ne doit pas prendre le pas sur un examen de la pathologie elle-même.

L’absentéisme, un « virus du fonctionnaire » ?

La tentation est grande de définir avant tout l’absentéisme comme le « virus du fonctionnaire », ce qui constitue une qualification simpliste et réductrice.

La DARES a montré que « à principales caractéristiques identifiables équivalentes, les taux d’absentéisme des salariés en CDI de plus d’un an et des fonctionnaires ne diffèrent pas significativement  »[3]. Les profils des agents et leurs conditions de travail constitueraient donc davantage des causes d’absentéisme que leur appartenance ou non à la fonction publique. 

 

Fonctionnaires territoriaux : des profils a priori plus exposés

Or, les agents territoriaux présentent des caractéristiques générales qui exposent particulièrement la Fonction publique territoriale à de forts taux d’absentéisme[4] :

  • Une fonction publique moins qualifiée : composée à hauteur de 77% d’agents de catégorie C, pour 50% dans la Fonction publique hospitalière, et 20% dans la Fonction publique d’Etat. Les agents de catégorie C sont plus sensibles à l’absentéisme, du fait notamment de la pénibilité des tâches qui leur sont confiées.
  • Une fonction publique plus âgée : avec un âge moyen de 44 ans, contre 42 ans dans les autres fonctions publiques (d’Etat et hospitalière). De fait, on constate une corrélation statistique entre le vieillissement et la recrudescence des absences de longue durée, ainsi qu’une usure physique et des troubles musculo-squelettiques (TMS) plus fréquents en fin de carrière pour les agents techniques de catégorie C (cf. supra).
  • Un phénomène de « déclassement » ressenti : induit par une réduction de l’écart entre les plus bas salaires moyens de la FPT et le SMIC : de 194€ en 2002 à 39€ en 2012[5]. Il s’agit d’un facteur explicatif sous-jacent de démotivation et de perte de sens pour les agents.

 

La réalité de l’emploi territorial : des conditions de travail propices à l'absentéisme, mais pas toujours pour les raisons que l'on croit

Au-delà des éléments statistiques, il y aussi la réalité de l’emploi territorial au quotidien, bien loin des caricatures qui souvent en sont faites, et qui peut se révéler propice à l’absentéisme.

L’exigence croissante des usagers 

C’est d’abord un contact permanent avec les usagers. Les agents du bloc communal, qui représentent plus de 75% des agents territoriaux, sont confrontés chaque jour aux difficultés liées à la relation avec des usagers/contribuables exigeants, voire intransigeants, car directement et personnellement concernés par les domaines de compétences communales et intercommunales. Souvent, les agents ne sont pas formés pour gérer ce qui de plus en plus s’apparente à de la « relation client », ce qui peut engendrer des situations récurrentes de souffrance au travail, avec le sentiment sous-jacent de ne pas « bien faire » son travail.

 

Un renforcement de la pression sur les moyens, corollaire des baisses de dotations

En outre, la participation des collectivités territoriales à l’effort de réduction des dépenses publiques impacte directement les organisations. Les dépenses de personnels représentant en moyenne 52% des dépenses de fonctionnement d’une collectivité[6], c’est le premier poste touché lorsqu’il s’agit de rétablir l’équilibre d’un budget par ailleurs amputé d’une part importante de ses dotations en provenance de l’Etat. Tension sur les effectifs, pression accrue sur les équipes, inquiétudes relatives aux nombreuses évolutions institutionnelles de la FPT, climat social dégradé, toutes les conditions sont réunies pour favoriser les phénomènes d’absentéisme. 

 

Un changement de paradigme au forceps du service public local

Par ailleurs, dans ce contexte, la Cour des Comptes dans son rapport public annuel, comme dans les rapports de ses Chambres régionales, enjoint régulièrement aux collectivités de dégager des économies en s’organisant mieux, tout en reconnaissant que « vu que les gains de productivité et de simplification ne permettront pas, à eux seuls, d’absorber [la baisse d’effectifs préconisée], les magistrats appellent à une remise en cause des missions dont l’utilité n’est pas avérée ou jugée prioritaire  »[7]

« Les missions dont l’utilité n’est pas avérée ou jugée prioritaire », voilà peut-être le cœur du sujet, car sauf à traiter cette préconisation par des mesures « cosmétiques », c’est au fond la question du sens du service public local qui est posée. Les élus et  agents territoriaux y sont confrontés tous les jours sur des sujets très concrets. 

Par exemple,  les politiques événementielles et culturelles doivent-elles encore être considérées comme prioritaires dans ce contexte contraint ? Comment définir les critères de priorisation des travaux d’un plan de rénovation du patrimoine ou de la voirie ? …

Ces arbitrages ont toujours existé, mais ils atteignent actuellement une criticité particulière, alors que les décideurs locaux manquent souvent d’éléments et de méthode, pour analyser et objectiver la valeur de leurs projets, et ainsi donner du sens aux politiques d’économies budgétaires qu’il sont contraints de mener. Or la perte de sens est l’un des éléments qui ressort systématiquement des études réalisées sur le terrain au sujet de l’absentéisme.

 

Un contexte qui ne peut être oublié au moment d’agir sur l’absentéisme

Pour une démarche pragmatique, le phénomène ne peut pas être considéré hors de ce contexte. L’absentéisme étant avant tout défini comme le révélateur d’un malaise, ce sont les causes de ce malaise qui doivent être appréhendées : les conditions de travail des agents, pénibilité et risques psychosociaux au premier plan. Il s’agit bel et bien d’un sujet structurel, d’autant plus crucial à l’heure de la négociation de l’accord qualité de vie au travail dans la fonction publique.

A partir de ses missions dans le secteur public, Sia Partners dispose de retours d’expériences et de bonnes pratiques pour poser les bases d’une action efficace, intégrant les dimensions de qualité de vie au travail, de RPS, et plus globalement des leviers qui permettent d’agir sur les conséquences d’un contexte dégradé.

 


[1] « Panorama des absences au travail pour raison de santé dans les collectivités territoriales en 2013 », Sofaxis, nov. 2014

[2] « Les agents territoriaux sont de plus en plus absents au travail », lefigaro.fr, 26/06/2015

[3] « Les absences au travail des salariés pour raison de santé : un rôle important des conditions de travail », Dares Analyses n°9, février 2013,

[4] « Faits et chiffres – Fonction publique, chiffres clés 2014 », Rapport annuel de la DGAFP, Ministère de la décentralisation et de la fonction publique

[5] « Evolution des rémunérations, croisons nos analyses », site internet de la Gazette des Communes

[6] « Les finances publiques locales, rapport public thématique », Cour des Comptes, octobre 2014

[7] « La situation et les perspectives des finances publiques », Cour des Comptes, juin 2014

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