• Print
  • Decrease text size
  • Reset text size
  • Larger text size
17/05/2018

Et si on faisait rimer IA et Intelligent Armies ? (1/2)

L’utilisation de l’intelligence artificielle sera une nécessité pour assurer les missions de sécurité, conserver l’ascendant face à nos adversaires potentiels, tenir notre rang par rapport aux alliés et maintenir un niveau de qualité élevé concernant les services dispensés à l’ensemble des personnels du ministère."

Tel est le constat que tire le rapport Villani rendu public le 28 mars 2018[1] qui consacre une dizaine de pages aux impacts de l’IA pour la défense et la sécurité. Feuille de route ambitieuse, le rapport entend dessiner les contours d’une intelligence artificielle qui donne à la France toute sa place dans le concert des nations déjà en pointe sur la question.

Les applications de l’IA dans le domaine de la Défense sont multiples dans la mesure où elles sont en capacité d’innerver toute la chaine de valeur militaire, tant au niveau du combat stricto sensu que des circuits de décision et du traitement des data notamment pour les services de renseignement. Convaincu que la France doit devenir un « leader de l’intelligence artificielle », le Président Emmanuel Macron a promis un investissement d’un peu plus d’1,5 milliard d’euros[2] dans le domaine sur tout le quinquennat. Certes, le chiffre pâlit de la comparaison avec les Etats-Unis et la Chine : le Pentagone a par exemple obtenu un budget de 9,4 milliard d’euros pour développer une armée de drones intelligents[3]. Quant à la Chine, le budget alloué à l’intelligence artificielle atteint 22 milliards de dollars par an[4]. En revanche, la France est lucide sur les perspectives qu’implique le rapport rédigé par le député mathématicien qui définit l’IA comme « la création de processus cognitifs comparables à ceux de l’être humain ».

Ce concept que résument les deux lettres de l’acronyme IA nécessite une vraie réflexion : stratégique d’abord, organisationnelle ensuite et opérationnelle enfin. En effet, les forces armées font face au défi du numérique et doivent anticiper les mutations afin d’une part de maintenir leur supériorité opérationnelle et d’autre part d’accompagner leur ressource humaine dans ce changement majeur. Ces deux objectifs ne pourront être atteints qu’à la condition de s’approprier pleinement ces game changers technologiques.

Dans cette logique, trois enjeux majeurs structurent la réflexion sur l’IA et l’expérimentation opérationnelle de ses principes et feront l’objet de deux articles :

Une nécessaire prise de conscience collective : l’IA est un investissement stratégique pour la Défense qui doit mobiliser un écosystème performant

Non, la France n’est pas à la traîne dans le domaine de l’intelligence artificielle. Attractive pour les entreprises et pour les Etats, elle draine des investissements dans le domaine de la formation, de la recherche et de l’expérimentation. Dernier exemple en date : le Fonds d’investissement pour la Défense de Bpifrance (Definvest) est massivement entré au capital de la start-up Kalray en 2018 qui conçoit des processeurs intelligents lies aux véhicules autonomes[5]. Signe évident s’il en fallait que l’intelligence artificielle est un enjeu stratégique pour les applications militaires. De l’autre côté de l’Atlantique, le 9 avril dernier à Washington, le sous-secrétaire à la défense pour la recherche et l’ingénierie Michael D. Griffin a d’ailleurs évoqué l’idée d’une « course aux armes d’intelligence artificielle »[6].  

Encore balbutiante et souvent médiatiquement réduite à des initiatives éclatantes mais isolées (les drones intelligents de l’armée américaine, la défense antiaérienne intelligente russe ou le débat des robots tueurs par exemple), l’IA est sous le feu des critiques et des fantasmes. Tout l’enjeu est donc de fluidifier les relations entre les différents acteurs de l’écosystème afin de faire éclore une véritable cohérence d’ensemble qui puisse, à terme, permettre à la dynamique de s’autoalimenter. Dans cette logique, la DGA a par exemple lancé le projet MMT en collaboration avec Thales et Dassault pour fédérer des acteurs différents autour du concept d’intelligence artificielle appliquée à l’aéronautique. Cette initiative, qui ne demande qu’à être généralisée à toutes les strates de la chaîne de combat illustre à quel point l’avenir des armes peut-être dans l’IA. Cette réalité s’appuie sur les actions et investissements d’un écosystème qui, sans être désorganisé, est encore embryonnaire et dispersé. Trois défis peuvent être soulignés :

  • La responsabilité : pour ne pas oublier l’humain, l’innovation doit maintenir l’homme dans la boucle décisionnelle et ne pas déléguer la responsabilité de ses actes à une machine[7]. A ce titre, tout écosystème lié à l’IA doit intégrer cette réflexion éthique qui façonne une IA responsable, voulue et maitrisée. Dans la même idée, la manipulation et l’emploi des données générées par une telle IA qui peut parfois entrer en conflit avec la notion de libertés publiques est une donnée d’entrée qui ne peut être négligée, à l’heure où le RGPD entre en vigueur. 
  • La souveraineté : les technologies développées n’auront pas toutes vocation à un usage exclusivement domestique. Le transfert de technologie par la coopération intra-européenne ou l’implication d’acteurs extra-européens pour la réalisation de certains systèmes sont, sinon des menaces, au moins des questions que les marchés publics et les différents écosystèmes impliqués doivent se poser. Le développement des technologies de pointe est toujours un enjeu de souveraineté, davantage encore quand il touche aux domaines de la défense et de la sécurité.
  • La fluidité : un écosystème lié à l’IA n’est efficace que s’il est accompagné durablement dans son organisation et ses processus pour favoriser la fluidité des flux d’informations en lien avec l’environnement externe. Environnement qui peut être réglementaire, humain ou technologique si un débouché existe dans un domaine autre que la défense et la sécurité par exemple. Qui se souvient que le micro-ondes est d’abord une innovation militaire, à des fins de défense anti-aérienne, utilisée par les américains durant la seconde guerre mondiale ? Le premier four utilisant la technologie est mis au point en 1947 mais le marché ne se développera qu’à l’aube des années 1990…

Afin d’éclore, le potentiel de l’intelligence artificielle mérite une vraie prise de conscience. Une prise de conscience collective  et concertée de la part de tous les acteurs étatiques et privés touchés par le développement de l’IA. Le ou les écosystèmes français de l’intelligence artificielle doivent être accompagnés autour de ces trois grands enjeux : la responsabilité, la souveraineté et la fluidité. C’est la garantie de reconnaître à l’IA un potentiel spécifique et trop important pour être laissé à la seule initiative privée.


0 commentaire
Poster un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
Image CAPTCHA
Saisissez les caractères affichés dans l'image.
Back to Top