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19/03/2018

Parcours patient et e-santé

Les outils numériques apparaissent comme un moyen de fluidifier les parcours patient mais également de le rendre plus attractif et personnalisé. Si leur développement comporte des risques, il n’en constitue pas moins une formidable opportunité pour transformer en profondeur notre système de santé.

Notre point de vue : les outils de l’e-santé au service des parcours patient

La notion de parcours est inscrite au cœur de la stratégie nationale de santé [1]. Une concertation de grande ampleur a été lancée en septembre dernier par le ministère de la Santé sur les priorités de la stratégie nationale de santé[2]. La mise en œuvre d’un « parcours fluide, coordonné, sans doublon [3] » constitue une réflexion de premier ordre. Le numérique, en tant qu’agrégateur essentiel, est peut-être la clef pour concrétiser cette vision de bout en bout du parcours patient.

Les services numériques révolutionnent le domaine de la santé en modifiant les pratiques des professionnels de santé et le parcours des patients dans le système de soins. Partage des données entre spécialistes, meilleure prévention, meilleur suivi des traitements et réductions des coûts, etc. : de nouvelles solutions viennent améliorer la coordination des professionnels de santé et la qualité des soins prodigués aux patients.

  1. Des parcours et des ruptures aux impacts forts

La notion de parcours est vaste, tout comme l’étendue du potentiel de l’e-santé. Idéalement, le parcours permet une prise en charge globale et graduée du patient. Nous distinguons trois types de parcours [4], correspondant à trois niveaux de prise en charge :

  • le parcours de vie correspond à la notion la plus large. Il s’agit du parcours de la personne dans son environnement : scolarisation, prévention de la désinsertion professionnelle, réinsertion, logement... ;
  • le parcours de santé, quant à lui, s’articule en amont avec la prévention primaire et sociale, et en aval avec l'accompagnement médico-social et social, le maintien et le retour à domicile ;
  • enfin, le parcours de soins englobe les soins de premier recours, l’hospitalisation évitable au sein de services des urgences, l’HAD, les SSR, l’unité de soins de longue durée (USLD) et les établissements d’hébergement des personnes âgées dépendantes (EHPAD).

Les ruptures de ces parcours ont des impacts considérables : augmentation de la morbi-mortalité et des ré-hospitalisations non programmées, diminution de l’efficacité des consultations en cabinets de ville, perte de temps pour les professionnels de santé, etc.

 

Au regard de ces impacts, le défi des professionnels de santé est d’assurer la continuité des soins à chaque étape du parcours [5]. Ce défi pourrait être relevé grâce au numérique, en dotant les acteurs de santé d’outils capables d’améliorer l’expérience patient ainsi que leur propre pratique en tant que professionnels.

En permettant de mieux gérer les étapes de transition entre les soins de ville, les soins en établissements de santé ou établissements médico-sociaux et la prise en charge à domicile, le numérique contribuerait à mettre en place un parcours fluide, lisible, sans redondance et sans rupture.

 

  1. Des outils numériques pour fluidifier les parcours patient et limiter les ruptures

Le développement de l’e-santé [6] permet de faire face aux points de rupture présents tout au long du parcours en mettant à disposition d

u patient et des professionnels de santé des outils capables d’y remédier :

  • en amont, lors de la phase de prévention et d’information ;
  • durant le parcours de soins ;
  • en aval, lors du retour à domicile et du suivi du traitement.

  1. Les risques associés à l’autonomisation et l’émancipation du patient

De par la consultation de sites d’information en ligne et les nombreux échanges sur les réseaux sociaux, le patient dispose de plus en plus d’informations en matière de santé et sur sa propre pathologie. Il peut également, grâce aux objets connectés, collecter et développer des informations en temps réel sur son état physique et psychologique. Ce nouvel accès aux données modifie sa relation avec les professionnels de santé et développe son autonomie.

Si cette autonomie grandissante du patient lui assure une émancipation et une moindre dépendance au système de santé dans sa forme traditionnelle, il n’en demeure pas moins qu’elle présente des risques et des limites. Les tentations de l’automédication sont grandes et il est de plus en plus simple de remettre en cause le diagnostic du praticien sur la base de consultation d’avis plus ou moins éclairés sur internet.

Par ailleurs, les outils de l’e-santé nécessitent de la part du patient une certaine maturité technologique et digitale que tous n’ont pas (malgré un recul significatif de la fracture numérique pour les plus de 70 ans [7]). Ce constat fait écho aux inégalités des citoyens devant les technologies du numérique, ce qui s’applique également aux technologies de la santé. Ces inégalités peuvent à terme acculer certains patients moins technophiles à la marge d’un système de santé qui deviendrait « tout numérique ».

  1. Les pouvoirs publics, garants de la cohérence d’ensemble

Pour limiter ces risques, les pouvoirs publics doivent jouer un rôle de premier plan. Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, a notamment souligné la nécessité d’assurer la sécurité des patients face aux nouveaux outils e-santé et d’évaluer la « qualité du service rendu », en particulier celui de la télésurveillance [8].

Comme pour le circuit des médicaments, les pouvoirs publics doivent constituer un « circuit des applications e-santé » en mesure de garantir aux citoyens que les applications respectent bien les standards de qualité et de sécurité nécessaires (on pensera notamment à la nécessaire application du Règlement Général de Protection des Données). L’évaluation de l’innovation constitue un enjeu de premier plan pour les acteurs publics. Outre une mise en confiance des patients, les pouvoirs publics doivent mettre en confiance les professionnels de santé qui sont encore réticents en majorité à l’utilisation d’applications e-santé[9]. La mise en œuvre d’un « label e-santé » doit constituer une preuve opposable aux assurances. Aujourd’hui, un médecin commettant une erreur médicale sur la base de données fournies par des applications e-santé ne sera pas couvert par son assurance. La levée de ce frein peut contribuer à un développement plus serein de l’e-santé.

Enfin, les pouvoirs publics peuvent contribuer à garantir la cohérence d’ensemble en s’assurant du respect de référentiels d’interopérabilité imposant aux éditeurs le respect de certaines normes (sur un modèle similaires par exemple à la Politique Générale de Sécurité des Systèmes d’Information de Santé produite par l’ASIP Santé). Dans le cas de l’e-santé, la labellisation et les référentiels d’interopérabilité ne constituent pas des freins à l’innovation mais au contraire, contribue à développer la confiance des parties prenantes et posent les fondements d’un système global plus urbanisé.

 

Conclusion

Au vu de leur potentiel de développement, les outils de l’e-santé deviennent stratégiques pour tous les acteurs de notre système de santé, aussi bien publics que privés :

  • pour les établissements de santé, la prise en compte de ces éléments dans leur stratégie globale favorisera l’adaptation de la structure à ce nouveau contexte économique et sociétal ;
  • les professionnels de santé devront, pour leur part, s’adapter à ce rééquilibrage (présumé) des forces entre le patient et le personnel soignant ;
  • pour les pouvoirs publics, le contrôle de cette transition, le maintien d’une cohérence d’ensemble et la limitation des dérives constituent des enjeux de premier ordre, cela passe par la maitrise de l’évaluation de l’innovation ;
  • enfin, l’appropriation et la gestion de son autonomie constituent les enjeux de demain pour le patient.

 

 

[2] La consultation s’est déroulée entre le 6 et le 25 novembre 2017. Tout un chacun disposait de la possibilité de donner son avis sur la stratégie nationale de santé 2022.

[8] Discours tenu lors de la remise des prix de l’Appel à Manifestation d’Intérêt de l’AP-HP et du CHU de Nantes ; Paris, le 7 décembre 2017 dans les locaux de BPIFrance.

[9] http://www.odoxa.fr/sondage/barometre-sante-360-lhumain-sante/ : Si 7 français sur 10 accepteraient d’être équipés d’un objet connecté e-santé, seulement 1 français sur 10 se sont vus prescrire des objets connectés.

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