• Print
  • Decrease text size
  • Reset text size
  • Larger text size
01/03/2018

La blockchain, nouvelle botte secrète des armées ?

A l’heure où le bitcoin est l’objet de toutes les spéculations, reflétées dans l’évolution de son cours, les applications de la technologie sous-jacente à cette crypto-monnaie se multiplient très loin des salles de marché

Les forces armées et plus généralement le complexe militaro-industriel ont ainsi témoigné d’un intérêt réel pour la blockchain. En effet, la défense produit, transmet et s’appuie sur une quantité importante de données. Cette dépendance à l’information crée une vulnérabilité pour l’organisation, qu’elle soit liée ou non à une volonté malveillante. La blockchain permet de contourner les difficultés posées par la criticité de la donnée, en décentralisant la fabrication et le stockage de l’information, et en renforçant ainsi la résilience des forces armées.

La blockchain constitue un protocole de sécurisation et de transmission des données dont l’originalité réside dans l’horizontalité. A la différence d’un système centralisé, où une autorité unique garantit l’authenticité des données (la banque centrale dans le cas d’une monnaie), la blockchain distribue ces tâches de contrôle à l’ensemble des membres d’un réseau. Par exemple, l’historique des données est accessible à chacun, prémunissant ainsi les utilisateurs contre une attaque à l’encontre du serveur concentrant les informations produites.

Les acteurs de la défense, Etats, organisations internationales et entreprises industrielles ont rapidement vu l’intérêt qu’ils pouvaient tirer d’une exploitation avisée de la blockchain. Leurs initiatives se dirigent dans deux directions principales : l’échange d’informations et la supply chain.

Concernant l’échange d’informations, la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) a lancé en 2016 un projet de messagerie sécurisée, sans serveur central, offrant à l’armée américaine un moyen d’échanger des données cryptées de façon rapide. La clé de chiffrement utilisée ne les rend lisibles que par le destinataire final, mais la diffusion du message crypté à l’ensemble du réseau garantit la stabilité du système de messagerie et la confidentialité des métadonnées, l’émetteur et le récepteur devenant impossibles à identifier pour un tiers. Cela constitue un progrès par rapport au système actuel, dans lequel les données sont inégalement distribuées, les rendant vulnérables à une défaillance des serveurs, liée ou non à une démarche hostile.

La technologie de la blockchain permettant un échange de données horizontal et décentralisé, ses applications potentielles s’étendent très aisément à la supply chain et à la logistique. Les armées se caractérisent par des supply chain profondes, impliquant une multiplicité d’acteurs. Le Pentagone est à ce titre le plus important logisticien du monde. En France, le Ministère des Armées doit approvisionner, transporter et acheminer des hommes et des produits sur de multiples théâtres d’opération. Lors du déploiement de l’Eufor au Tchad, la principale route d'approvisionnement associait par exemple le transport maritime de la France jusqu’à Douala et un transport routier jusqu’aux contreforts du Darfour.

Or les services logistiques des armées font face à des défis importants en termes de volume et de qualité de service. Un rapport de 2015 du “Government Accountability Office” des Etats-Unis a mis en exergue les faiblesses dans le management de la supply chain des armées américaines et notamment des difficultés à suivre les livraisons des approvisionnements. Des ressources égarées représentent des risques majeurs pour les forces déployées.

La blockchain a depuis quelques années été identifiée comme un moyen d’améliorer la performance du management des supply chains par de nombreuses entreprises logistiques. Dans le domaine des transports maritimes, Maersk a initié un partenariat avec IBM pour appliquer la technologie Blockchain à son activité. L’enjeu pour cette application serait de coupler cette technologie à d’autres innovations (internet des objets, big data et intelligence artificielle) ouvrant ainsi la voie à l’automatisation des processus de façon sécurisée et tracée. Chaque participant pourrait alors vérifier les données de localisation à partir d’un système partagé, évitant la centralisation des données et garantissant l’inaltérabilité des enregistrements.

Cette innovation technologique offre un moyen de communication sûr et efficient pour la gestion des transports en cours, relayant de manière sécurisée les informations transmises par les conteneurs connectés, grâce à la blockchain.

La possibilité de mieux gérer les acheminements de matériels via la blockchain devrait permettre selon IBM une réduction de 20% des coûts grâce à la réduction des démarches administratives et des erreurs, la réduction des temps de transit sur toute la chaîne d’approvisionnement, et la simplification des processus. Dans le cas de Maersk, la blockchain devrait aussi permettre une diminution des coûts d’assurance en offrant un meilleur contrôle aux clients sur les transports de leurs marchandises.

La blockchain permet aussi de résoudre de nombreuses difficultés actuelles : les contrôles et les vérifications sont réalisés par consensus et chaque étape est scrupuleusement enregistrée. Cette technologie permet ainsi de diminuer les coûts des opérations de vérification, et plus généralement du tracking.

La transposition de ces technologies des entreprises logistiques et industrielles au secteur de la défense est en cours, avec un accent mis sur la sécurisation et la traçabilité des données. L’Agence d’information et de communication de l’OTAN a ainsi lancé en 2016 un concours d’initiatives innovantes. Le champ des contributions attendues incluait les applications militaires de la blockchain dans les domaines de la logistique, des achats et de la finance. Si l’initiative retenue ne s’appuyait pas sur la blockchain, celle-ci ne devrait pas perdre tout intérêt aux yeux des principaux décideurs militaires.

De nombreux usages restent à explorer. Le DGA Lab a organisé un petit-déjeuner sur le thème de la blockchain le 9 janvier dernier, démontrant ainsi les potentialités que représente cette technologie pour les armées françaises. Cet intérêt de la Direction Générale de l’Armement pour les possibilités offertes par la blockchain est ancien. Elle n’a néanmoins pas révélé à ce jour de projet qui serait conduit en exploitant cette technologie, au contraire de ses alliés et partenaires.

En organisant le concours Génération Blockchain, et initiant chez ses clients des démarches de réflexion sur l’usage de la blockchain, Sia s’est positionnée comme un acteur de l’innovation et des nouveaux usages autour de la blockchain. Le cabinet continuera d’organiser des évènements sur ces questions et d’alimenter la réflexion des décideurs, et se tient prêt à appuyer la maîtrise d’ouvrage de projets ambitieux mettant la blockchain au service de nos forces armées.

0 commentaire
Poster un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
Image CAPTCHA
Saisissez les caractères affichés dans l'image.
Back to Top