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05/12/2017

Un mois après, que retenir de la Revue Stratégique de Défense et de Sécurité Nationale ?

"Nous sommes entrés dans une ère de grandes turbulences"

C’est en ces termes que le Président de la République préface la Revue Stratégique de Défense. Réaliste et lucide quant aux enjeux auxquels les Armées font face, la Revue Stratégique est à la fois contreseing et tocsin. Contreseing apposé au bas de la volonté affichée d’autonomie stratégique de la France et de ce qu’elle implique. Et tocsin appelant à réfléchir la capacité militaire de la France. 

 

Une lucidité responsabilisante

En près de 80 pages, la revue rend compte d’une situation internationale mouvante et dont les pôles historiques d’influence sont sinon remis en cause, du moins contestés. Sans détours, le constat aborde tous les caractères d’une menace imprévisible, multiple et sans frontières, reconnaissant ainsi la continuité qui existe entre la sécurité intérieure et la défense nationale. De la pression démographique, au péril sanitaire en passant par le terrorisme islamiste et les conflits numériques, la revue stratégique désigne les épées de Damoclès qui pèsent sur la France.

Cet environnement international instable et multipolaire engage la France à réfléchir son modèle d’armée complet afin d’être en capacité de répondre à tous les types de menaces sur tous les espaces de conflits présents et à venir. Cette ambition est baptisée « autonomie stratégique » et implique la coopération de tous les acteurs de la Défense, depuis le Ministère lui-même jusqu’aux entreprises privées de la base industrielle et technologique de défense (BITD).

« Dans un contexte de forte tension opérationnelle pour nos armées, nous avons besoin d’un outil de défense agile, projetable et résilient » insistait le Président de la République dans le préambule de la Revue.

De la responsabilité d’agir

Forte de ce constat, la Revue souligne la nécessité de nourrir la réflexion stratégique et de cultiver l’agilité opérationnelle au sein d’une Europe qui doit poursuivre une coopération militaire équilibrée. Pourtant, les moyens ne semblent pas encore à la hauteur de cette ambition. En dépit de la hausse de 1,6 milliards d’euros prévue pour 2018[1], les armées connaissent une situation opérationnelle difficile et toujours plus contrainte.

Par exemple, à partir de 2018, le ministère des Armées va prendre à sa charge une plus large part du surcoût lié aux opérations extérieures, surcoût qui était auparavant supporté par la solidarité interministérielle.

 [2]

Alors ce budget de la Défense, qui atteindra 34,4 milliards d’euros en 2018 et qui devra absorber une large part de ces surcoût pourra-t-il assouvir l’ambition de la stratégie réaffirmée par la Revue Stratégique ?

Pour illustrer cette délicate rencontre entre ambition et réalité opérationnelle, il convient de rappeler que :

  • 20% des pilotes de l’aviation légères de l’armée de terre (ALAT) ne sont pas aptes « missions de guerre » faute d’heures de vol[3].
  • Près de 40% des équipages tactiques de l’armée de l’air ne sont pas qualifiés pour atterrir en terrain sommaire pour les mêmes raisons.
  • La disponibilité opérationnelle des matériels terrestres sur le sol métropolitain atteint 65% (contre 90% sur les théâtres d’opérations), conséquence évidente de la priorité donnée aux OPEX et de l’usure qui en résulte[4].
  • La disponibilité des Rafale atteignait 49% fin 2016, celle des C130 : 22,5% tandis que celle des hélicoptères oscille entre 10% et 49% selon les flottes[5].

L’ambition affichée par la Revue Stratégique se heurte donc à une réalité opérationnelle qui demande voire exige plus de moyens. Elle nécessite un maintien en condition opérationnelle des matériels de nos armées et une gestion efficace des compétences de nos militaires. La revue stratégique trouvera-t-elle un écho opérationnel qui dépasse la simple réflexion budgétaire ?

 


[1] Article du Parisien : « le budget de la Défense augmentera de 1,6 milliard d’euros en 2018 », 8 septembre 2017 http://www.leparisien.fr/politique/le-budget-de-la-defense-augmentera-de-1-6-milliard-d-euros-en-2018-08-09-2017-7244283.php

[3] Audition du CEMA devant la commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale, le 8 février 2017.

[4] Rapport d’information n° 3323 enregistré le 9 décembre 2015 sur les conséquences du rythme des opérations extérieures sur le maintien en condition opérationnelle des matériels présenté par les députés Alain Marty et Marie Récalde, p. 65

[5] Réponse du ministère de la Défense à la question parlementaire n° 101805, publiée au JO du 28 février 2017

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